La première utilité de la philosophie consiste à se libérer de tous les préjugés, c’est-à-dire de toutes les opinions qui viennent de l’extérieur, sans exception, que ce soit celles qui viennent de l’éducation, celles qui viennent de la société, et de toute autre source étrangère. Le premier aspect de la philosophie est donc théorique, mais il est surtout négatif ; la philosophie sert à acquérir la première condition nécessaire à la liberté, en détruisant toutes les chaînes qui emprisonnent notre esprit.
La seconde utilité de la philosophie consiste à faire usage de cette liberté, une fois libéré de toutes chaînes, c’est-à-dire à faire usage de toutes nos facultés, à vivre nos propres expériences, à créer par nous-mêmes une connaissance personnelle. Le second aspect de la philosophie est cette fois positif, mais il n’est plus théorique mais pratique ; la philosophie devient alors sa propre finalité, en ce qu’elle consiste à vivre cette liberté par des réalisations concrètes.
Ainsi, Socrate, dans les premiers dialogues de Platon, ne faisait que montrer l’absurdité des opinions communes. Mais s’acharnait-il ensuite à démontrer positivement une prétendue vérité théorique ? Non, l’aspect positif de sa philosophie consistait à mettre en pratique la vertu et la justice, jusqu’à accepter sa condamnation à mort, alors qu’il aurait pu fuir.
L’erreur de la plupart des philosophes est de chercher l’aspect positif de la philosophie dans la théorie, dans la spéculation, au lieu de le chercher dans la pratique, dans la vie. C’est de cette erreur que naît une philosophie « métaphysique » qui n’a aucune utilité, car elle n’a aucun usage, car elle ne concerne pas la vie.
Le véritable philosophe n’est pas un savant, c’est un sage ; ce n’est pas celui qui spécule indéfiniment sur des principes tels que la liberté et la vertu dans des livres, c’est celui qui donne l’exemple concret, réel, en chair et en os, de tels principes.