« L’homme est perpétuellement à la recherche d’informations. C’est pour lui une façon de comprendre l’univers dans lequel il vit. Il va donc enchaîner les expériences physiques et intellectuelles pour combler ce besoin. [...] [Le jeu vidéo] nous fait tenir un rôle central dans la mise en scène qui nous est proposée puisque nous jouons un personnage dans un univers aux règles qui lui sont propres. Chaque jeu réinvente notre importance, nos possibilités, nos pouvoirs, nos limites et notre raison d’être. Devenant un dieu, un cube, un malfrat, un sportif, un vaisseau spatial, un hérisson bleu ou un super-héros, nous sommes confrontés à une physique particulière, à une logique particulière. Nous recommençons alors l’inlassable travail de récupération d’informations. Car nous devons rassembler le plus d’éléments possible, le plus vite possible, sur le monde visuel qui nous entoure. » (La première lampe, CHAZumaru, dans le magazine Gaming nº003 – janvier 2004)
Extrait de l’un des plus merveilleux textes sur le jeu vidéo que j’ai lus jusqu’à présent. Il va me permettre d’aborder aujourd’hui l’un des points les plus intéressants du jeu vidéo : l’expérience de renaissance.
Quiconque a déjà joué à un jeu vidéo, ne serait-ce qu’une seule fois, connaît cette expérience. Lorsque nous commençons un jeu, nous testons les capacités du personnage que nous incarnons, ainsi que l’environnement dans lequel il évolue : que se passe-t-il si j’appuie sur ce bouton ? que se passe-t-il si j’attrape ce champignon ?
Car un jeu vidéo nous immerge dans un nouveau monde, dans « un univers aux règles qui lui sont propres », avec « une logique particulière ». Et il se passe en somme exactement la même chose que lorsque nous naissons : hauts de seulement quelques dizaines de centimètres, nous débarquons dans un monde hostile dont nous allons devoir apprendre le fonctionnement.
Mais le temps passe et la logique que nous avons apprise se solidifie. L’esprit se borne et devient rigide. Les jeux vidéo nous offrent la possibilité inédite de briser cette rigidité pour tenter une approche différente et nouvelle, de découvrir d’autres logiques que celle à laquelle nous sommes habitués. Et il me semble que, loin d’être « abrutissante », c’est au contraire une expérience extrêmement formatrice et enrichissante.
Et cette expérience est liée à une seconde, qui nous apprend autre chose : nous pouvons toujours nous en sortir. Aussi étrange que soit le monde dans lequel nous évoluons, aussi insurmontables que puissent paraître les situations auxquelles nous sommes parfois confrontés, il y a toujours une solution, et cette dernière ne dépend que de nous. Les jeux vidéo cultivent l’esprit d’indépendance.